Colloque "L'hôpital la nuit : dans le halo du soin", le 26 janvier 2016 à Lille

Le programme de cette journée a été décliné en 3 sessions ponctuées de discussions avec la salle :

  • Le jour et la nuit : complémentarité et dualisme
  • Finalité du travail de nuit : humaine ou productive?
  • L'espace-temps de la nuit à l'hôpital - contrastes, tensions, exacerbations

Les sessions sont constituées de présentations issues de l'expérience clinique et des présentations plus théoriques. Une synthèse sa été réalisée en fin de journée par Marie Cauli, anthropologue, professeur des universités (Artois/ESPE).


Argument

La nuit, dernière frontière liée à la nature, a été l’objet de conquêtes progressives pour répondre aux finalités humaines, de soin, de sécurité, de production, de commerce. Systématisée avec le développement des grands rythmes industriels et l'éclairage artificiel, le temps a été capturé pour accroître une disponibilité à toute heure, instaurer une vie sociale en continu, introduire « une économie de l'attention » avec ses nouveaux rythmes.  l' hôpital, qui reste en éveil pendant que la ville dort, est un de ces lieux soumis à ce processus de banalisation de la nuit : construction de la sécurité, déploiement des sources de lumière, système d’organisations des soins et des services, environnement architectural, horaires atypiques, etc. mais son univers nocturne, justifié par la permanence et la continuité des soins, reste peu investi, hormis les travaux qui ont observé particulièrement la santé au travail et ses grandes catégories d’effets et d’impacts. Il peut toutefois révéler tensions et contradictions susceptibles d’influencer les pratiques de soin et le processus de guérison du malade.

L’objectif  de cette journée, loin de l’éthique exceptionnelle et/ou médiatisée, s’attache à lever le voile sur  cet espace. Car peut-on dire que "la nuit à hôpital, le patient  est aussi bien soigné que le jour ?" Longtemps assimilés aux garde-malades,  quels sont les professionnels concernés par le travail de nuit ? Quels sont aujourd’hui  leurs rôles ? Assurent-ils la somme de leurs charges de la même façon que dans la journée,  permettant de prévenir et de gérer la baisse de vigilance,  de surveiller et de soigner et faire face au repos ou aux angoisses du patient quand il ne dort pas ? Comment les internes, qui sont un maillon essentiel dans la chaîne du soin la nuit, explorent les limites et les autorisations "à faire" devant des situations imprévisibles ou urgentes souvent dans l’isolement ? Entre gardes et repos,  la question de la responsabilité  s’impose à eux avec plus d’évidence que le jour. Par ailleurs, au-delà des représentations de moindre technicité ou de sous occupation, l’hôpital la nuit n’apparaît-il pas  aussi comme un espace-temps qui permet  de renouer avec le patient ? Car du côté du patient, ce moment de séparation, quand les portes se ferment et que les derniers visiteurs sont partis, trace une frontière symbolique qui le sépare du dedans et du dehors.  Les figures sont diverses : le patient qui n’aspire qu’au repos fractionné par les soins, celui qui attend l’hospitalisation ou le diagnostic, celui qui souffre. La nuit est souvent menaçante, quand privée de ses repères et alors que les bruits ne sont pas familiers et les sens exacerbés, l’imagination du patient s’ouvre à toutes sortes de dangers, de douleurs, de pensées, de soucis préfigurant un ultime abandon. En dehors de l’agitation diurne, qu’en est-il alors de la relation soignant soigné ? La dimension nocturne ne mobilise-elle pas des ressources individuelles ou collectives permettant aux soignants, même à effectifs réduits, dans l’ombre et le silence de  cet univers désert, de faire l’expérience de la proximité, de l’écoute, de la solidarité, de l’intime ? ne révèle-t-elle une face cachée du soin ? Enfin, la  force évocatrice de la nuit ne contribue-t-elle pas aux créations culturelles, sensorielles et artistiques à l’hôpital ? 

Entre "logique productive et finalité humaine" ces premiers questionnements mettent  l’accent sur un aspect éthique discret mais prégnant : pouvoir s’arrêter sur l’envers du décor à contresens du fonctionnement biologique qui peut altérer les performances ou générer des risques, tracer une géographie nocturne des services où la création de nouveaux savoirs individuels et collectifs ne s’exprime pas à voix haute. Dans ce sens, interroger sur l’hôpital la nuit, c’est aussi interroger l’effet de loupe qu’il construit sur le modèle hospitalier et le malade de demain.


  • Quand ? 26 janvier 2016 de 9 heures à 17 heures
  • Où ? Salle des congrès, pôle recherche, faculté de médecine de Lille 2

 

 

Le colloque en image